Nous n'allons pas vous proposer un essai en bonne et due forme pour le moment, pour plusieurs raisons. D'abord, tout simplement parce que la version finale n'est pas disponible à l'heure où nous écrivons ces lignes. Et comme les différentes versions de test successives ont amené des nouveautés, il semble ardu de donner un avis totalement complet. Ensuite, d'un point de vue purement matériel, Windows 11 entraîne beaucoup de contraintes et nous préférons patienter pour voir comment Microsoft va déployer son système. Attendez-vous tout de même à un dossier plus complet dans le prochain numéro, en décembre.

Windows 10 n'est pas le dernier Windows.

En 2015, Microsoft annonçait que Windows 10 serait le dernier Windows : l’OS allait évoluer de façon semestrielle et garder le même nom. Après tout, Apple utilisait Mac OS X (prononcez 10) depuis le début des années 2000 et tout se passait bien. Quelques années plus tard, la donne a changé. Pour éviter les bugs (et parce qu'il y en a eu), Microsoft a modifié un peu son planning : Windows 10 évolue plutôt annuellement, avec une mise à jour semestrielle mineure qui corrige des bugs en masse et une seconde (majeure) qui ajoute des fonctionnalités. Passer à Windows 11 permet donc de marquer le coup sur une évolution graphique tout en amenant des changements qui vont laisser pas mal de PC compatibles Windows 10 sur le carreau (nous allons y revenir). Malgré tout, il aurait pu s’appeler Windows 10 : certains points ressemblent à du home staging façon M6.

Le fond d'écran de base de l'OS.

De grosses contraintes matérielles.

Windows 10, en 2015, offrait une compatibilité exemplaire. Il fonctionnait sur à peu près tous les CPU sortis depuis 2000 (avec quelques limites sur certaines instructions), ne demandait que 2 Go de RAM (en 64 bits) et se contentait de 4 Go pour être efficace, n'imposait pas de GPU particuliers, etc. Le but était de remplacer Windows 7 et 8 sans tomber dans les travers de Windows Vista, très lourd à son époque. Windows 11, a contrario, nécessite une configuration « récente ». Premièrement, la version 32 bits disparaît. L'OS n'existe qu'en 64 bits, mais il va évidemment continuer à exécuter les applications 32 bits : la rétrocompatibilité est importante dans le monde PC. Deuxièmement, si Microsoft demande un « CPU à deux cœurs à 1 GHz » (ce qui n'existe pas réellement, d'ailleurs), en pratique la liste de compatibilité des CPU est assez courte. Chez AMD, elle démarre aux CPU en architecture Zen+ (Ryzen 2000 et plus), chez Intel aux Core de 8e génération (avec quelques Atom) et chez Qualcomm aux Snapdragon récents. La liste, arbitraire, contient quelques points bizarres : un Ryzen 5 1600AF, un Zen+ encore vendu, est par exemple officiellement incompatible. De même, il semble étonnant que des CPU assez récents (un Ryzen 7 1800X, par exemple, a à peine 4 ans) soient exclus. Chez Intel, c'est encore plus risible : les Core de 8e génération (Coffee Lake) sont techniquement identiques aux 7e (Kaby Lake) et la partie CPU est la même que les Core de 6e (Skylake). Et là aussi, il semble étonnant de voir un Core i7 6700K exclu quand un Celeron est dans la liste uniquement parce qu'il est sorti un peu plus tard. Enfin, sur les plateformes ARM, les premières générations de PC en Snapdragon 835 et 845 sont hors-jeu alors que les PC en question sont assez récents (fin 2017).

Petit ange devenu incompatible trop tôt.
Ensuite, Microsoft muscle un peu la configuration minimale et demande 64 Go d'espace de stockage et 4 Go de RAM. Ces points ne devraient pas être gênants : n'importe quel PC de moins de 10 ans suffira en théorie, et si vous avez acheté un appareil avec seulement 32 Go, vous êtes au courant que les mises à jour sont généralement impossibles. Le premier point qui risque de poser des soucis est l'obligation de démarrer en mode UEFI. Dans l'absolu, tous les PC depuis une bonne dizaine d'années en sont capables, mais en pratique ce n'est pas toujours le cas : si vous avez déplacé un Windows depuis une machine en mode BIOS ou si vous êtes resté sur un mode de compatibilité pour une raison ou une autre, vous risquez d'avoir quelques problèmes. Ensuite, se pose l'épineuse question du module TPM 2.0 obligatoire, qui a mérité son propre dossier. Sans nous étendre dessus, Microsoft impose ce module de sécurité, qui n'est pas toujours présent dans les PC montés par les utilisateurs ou – tout simplement – n'est pas activé. Enfin, Microsoft demande un GPU DirectX 12 avec des pilotes WDDM 2.0. Dans l'absolu, ça remonte assez loin : les GeForce GTX 400 (Fermi) de 2009 chez Nvidia, les Radeon HD 7000 de 2012 chez AMD et les Intel HD 5000 (Haswell, Core de 4e génération) pour Intel. En pratique, ces générations sont abandonnées par les constructeurs dans les pilotes récents, donc il faudra probablement vous contenter des pilotes génériques dans le meilleur des cas, ou changer de GPU.
Ce mini-PC doté de 32 Go de stockage n'est pas adapté à Windows 11.

Le nouvel OS aurait pu s’appeler Windows 10 : certains points ressemblent à du home staging.

Mais ça apporte quoi ?

Sur le côté purement technique, Windows 11 n'amène pas tellement de nouveautés. La principale (nous en parlons dans le dossier sur les CPU Alder Lake) : le scheduler, c'est-à-dire la partie logicielle qui va gérer la façon dont sont assignées les tâches aux cœurs d'un CPU, évolue. Il est plus adapté aux architectures hybrides (comme Alder Lake) ou à des solutions qui mélangent des cœurs identiques avec des fréquences différentes (les derniers Ryzen, certains SoC ARM, etc.). De même, l'intégration des GPU, et plus particulièrement de la partie liée aux calculs, est plus efficace. Windows 11 va mieux gérer les accélérateurs pour les calculs neuronaux, le passage par le GPU pour les tâches qui ne sont pas graphiques, etc. De plus, les joueurs gagneront la fonction Auto HDR (héritée des Xbox) et auraient dû obtenir DirectStorage, annoncée en parallèle des RTX 3000. Cette fonction permet d'utiliser un SSD NVMe comme mémoire vidéo et devait initialement être réservée à Windows 11. Mais devant la grogne, Microsoft a rétropédalé rapidement et Windows 10 y aura droit…

Le point le plus visible va être la barre des tâches centrée.

Un joli lifting.

Les principales nouveautés de Windows 11, il faut bien l'avouer, sont visuelles. Et ça ressemble à du home staging plus qu'autre chose. La plus visible est évidemment la barre des tâches : historiquement placée en bas à gauche, elle est maintenant centrée et s'approche du Dock de macOS. Si elle peut être décalée pour ceux qui n'aiment pas le changement, elle demeure en revanche obligatoirement en bas de l'écran. Dans les autres nouveautés, on peut noter des couleurs plus claires, une meilleure gestion du mode sombre et des fenêtres qui s'arrondissent. Cette mise à jour présente plusieurs avantages, en plus d'être assez réussie visuellement (même si ce point est subjectif). D'abord, Microsoft va tenter de se débarrasser des restes des anciens Windows (ce n'est pas encore parfait). Ensuite, l'évolution est visuelle, mais bien moins que lors du passage de Windows 7 à Windows 8, par exemple. À l'époque, le changement d'interface avait bloqué beaucoup de gens et contribué à la mauvaise réputation du système. En plus de la mise à jour, Microsoft a aussi corrigé quelques points, ou plus exactement supprimé des choses. Paint 3D, Skype – enfin – ou Visionneuse 3D ne sont plus installés par défaut et si Cortana reste de la partie, l'assistant vocal sera moins intrusif lors de l'installation. De même, Windows 11 signe la fin d'Internet Explorer. Le navigateur, remplacé depuis un moment par Edge, est désactivé par défaut.

La calculatrice évolue. Si.
Bien évidemment, dans une direction opposée, Microsoft continue à pousser ses outils de façon un peu trop visible. Si Skype tire sa révérence, Teams va être installé par défaut… Dans les applications livrées avec l'OS, on peut noter une nouvelle calculatrice réécrite (même si ce n'est pas très visible), un outil de capture d'écran bien plus complet, qui possède encore quelques défauts, ou des applications Courrier et Calendrier plus en phase avec le look du système. On peut aussi noter que Microsoft « fait son Microsoft » sur certains points. Pour mettre en avant Edge, la société a en effet modifié la procédure pour définir un navigateur par défaut. Au lieu de cocher une case, il faut définir le navigateur par type de documents. Typiquement, même si vous définissez votre browser préféré pour (par exemple) les pages web, Edge risque de s'ouvrir pour d'autres types de fichiers. Enfin, et c'est tout le problème de cette mise à jour, le lifting n'est pas parfait. Si vous naviguez un peu trop dans les menus à la recherche d'une option très précise, vous allez parfois retrouver des menus dignes de Windows 95. Ce n'est heureusement pas la norme et bien moins courant que sous Windows 10, mais ça fait tout de même un peu bizarre.

La compatibilité Android.

Après l'intégration d'un noyau Linux dans Windows 10 – et 11, qui simplifie un peu l'activation –, Microsoft a annoncé l’ajout des applications Android dans Windows 11 dans la conférence de présentation. Elle s'effectuera à travers l'Appstore d'Amazon (et pas celui de Google) et permettra en théorie d'exécuter n'importe quelle application Android, même sur les plateformes x86. L'émulation du code ARM (majoritaires) s'effectuera grâce au projet bridge d'Intel, qui avait été conçu quand la société espérait encore vendre des CPU Atom (et donc x86) dans les tablettes et smartphones. Pourquoi en parler au futur ? Parce que cette fonction ne sera pas disponible au lancement.

TikTok sous Windows 11 ? Oui, mais pas au lancement.

Faut-il passer à Windows 11 ?

Nous aurons l'occasion de le développer dans un prochain numéro, quand l'OS sera vraiment là, mais faut-il passer à Windows 11 ? Vous pourriez douter, au vu de ce que nous venons d'expliquer, mais la réponse est plus nuancée. Premièrement, contrairement à des systèmes vus comme des échecs (Windows Me, Vista, 8, etc.), la mise à jour est gratuite pour les utilisateurs de Windows 10 (en tout cas pour le moment). Deuxièmement, Windows 11 est essentiellement une mise à jour graphique, et elle n'est pas aussi tranchée que le passage de Windows 7 à 8, par exemple. Les choix peuvent être critiqués, mais Windows reste Windows. Enfin, le support de Windows 10 ne va pas être éternel : la fin de vie est attendue pour le 14 octobre 2025. Pour être honnêtes, actuellement, nous vous conseillons de ne pas vous jeter sur l'OS le jour de sa sortie. Mais gardez quand même sous le coude la possibilité d'y passer.

Windows 11 Home et le compte Microsoft

Dernier point gênant, Microsoft va imposer un compte Microsoft pour Windows 11 Home, ainsi qu'une connexion à Internet. Ce n'est pas une surprise étant donné que Windows 10 Home tente déjà de le faire depuis un moment, mais cette fois vous ne pourrez pas passer outre. Il s'agit évidemment d'un problème important pour la gestion de la vie privée, et nous espérons que Microsoft décidera de changer ce point avant le lancement.